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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 12:49
Issu d'un Colloque tenu à Troyes en 2006, un ouvrage universitaire propose une réflexion sur ce thème d'actualité.
Ce que la trahison dit de nous.

Traîtres et trahisons

Guerres, imaginaires sociaux et constructions politiques

Sous la direction de Sylvain Boulouque et Pascal Girard

« C’est toujours la personne trahie qui définit le traître, qui le désigne à sa vindicte, qui le voue à l’indignité. On peut respecter un adversaire, on ne respecte pas un traître. On oublie ses propres trahisons. Car on ne passe pas d’un camp à l’autre pour faire mal. On rompt le pacte sous l’empire d’une passion, d’une violence, d’une logique qui échappe à la personne trahie. » Ces lignes - brillantes - de Claude Sales, l’auteur de La Trahison, illustrent toute l’ambiguïté d’une notion éminemment péjorative. Il n’était toutefois pas question, dans ce petit ouvrage, de traiter des multiples aspects de la trahison, ce qui relèverait tout aussi bien de la sociologie que de l’Histoire. Le thème est ici davantage effleuré qu’il n’est traité en profondeur, ce qui est inévitable, mais fait l’objet d’intéressants développements quant à l’usage de ce mot dans le vocabulaire politique du XXe siècle.

La figure du traître semble devoir faire partie intégrante de l’édification d’une identité nationale, comme le démontre Maurice Golding dans une étude consacrée au nationalisme irlandais - mais ce dans le cadre d’un imaginaire de violence, car il ne saurait exister de héros sans traître. Christophe Maillard, dans sa contribution intéressant le mouvement ouvrier des « Jaunes », rappelle pertinemment la connotation historique d’une telle couleur, et les complexités de l’engagement militant d’un syndicaliste particulier encore conspué de nos jours. Fabrice Virgili, dans « Du traître à la cinquième colonne (France, 1939-1945) », souligne la nécessité pour les mouvements politiques, à l’heure où la trahison faisait fi des clivages traditionnels, de recourir à une logique manichéenne pour épurer leur définition éthique, évoquant l’impact de la misogynie sur le concept : la traîtresse n’agit point par foi politique, mais par perversité sexuelle ou par vénalité ! Pascal Girard (« La cinquième colonne en France 1944-1946 ») évoque l’inquiétude française au regard des agissements de commandos français pro-nazis parachutés par les Allemands derrière les lignes alliées. Plus de peur que de mal, mais au moins le PCF pourra-t-il invoquer cette insécurité latente pour revendiquer une épuration encore plus sévère. Ce à l’heure où l’ordre moral, sous couvert de sanction pénale de l’« indignité nationale », délit aux visages multiples, retrouve un nouveau souffle (Anne Simonin, « De l’indignité nationale à l’atteinte à la dignité nationale : a-t-on jugé le bon crime ? »). Tant il est vrai, qu’au fond, et comme le soutenait Talleyrand, la trahison est affaire de dates, comme en témoigne l’analyse d’un cas de collaboration économique dans le Calvados par Julie Chassin...

Le traumatisme politique de 1940 est tel, cependant, que la SFIO, après avoir longtemps ignoré la notion de « traître », la réintroduit pour mieux épurer ses cadres avec une dureté proportionnelle à sa volonté d’apparaître sans tache (Gilles Morin, « La trahison chez les socialistes, ou juger ses traîtres durant la Seconde Guerre Mondiale »). Mais il ne saura anticiper la crise politique des années cinquante, et notamment la rupture d’André Philip, auteur du fameux ouvrage... Le socialisme trahi. En ce sens, le Parti communiste avait, lui, parfaitement assimilé le concept pour en faire une arme politique de destruction massive, quitte à reprendre à son compte les méthodes de fichage en usage chez ses adversaires (Sylvain Boulouque et Franck Liaigre, « Traîtres, renégats et agents provocateurs : les listes noires du Parti communiste 1931-1945 »). Il aura été plus habile que son dissident, Jacques Doriot, dont le Parti populaire français, organisation fasciste qui versera dans le collaborationnisme, ira pourtant jusqu’à nier son attachement au fascisme - du moins au départ -, afin d’échapper à l’accusation de trahison (Laurent Kestel, « Traîtres, fascistes : la gestion des labels infamants par les dirigeants du PPF 1936-1939 »). Reste que la « trahison », au final, revêt des compréhensions variées selon les milieux concernés, comme le révèlent les turpitudes de l’OAS (Olivier Dard, « L’histoire de l’OAS au miroir de la trahison »).

Ainsi va la notion, au fil des méandres de l’Histoire. Le lecteur retiendra de cet ouvrage que la trahison est un concept extrême, parce qu’il constitue une arme, propre aux mouvements radicaux en temps de paix, et lourd d’équivoques menaçantes en temps de guerre. Disqualifier l’adversaire par cette rhétorique peut s’avérer meurtrier. Mais, comme le disait John Harrington, « trahison jamais ne prospère. Pourquoi ? Parce que si elle prospère, nul ne la nomme trahison. »

 

Nicolas Bernard

 

 

Titre : Traîtres et trahisons. Guerres, imaginaires sociaux et constructions politiques
Auteur : sous la direction de Sylvain Boulouque et Pascal Girard
Préface : Philippe Buton
Editeur : Seli Arslan
Collection : Histoire, cultures et sociétés
Nombre de pages : 224
Publication : 19 février 2007
Prix : 24 €
ISBN : 2842761324

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commentaires

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