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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 11:05
Actes Sud publie la suite du Journal de Henry Bauchau. "Le présent d'incertitude" fait suite à "Passage de la bonne graine" (Actes Sud, 2002). Il accompagne les années 2002 à 2005 qui sont celles du roman "L'enfant bleu" (2004) et de la préparation du recueil de poêmes "Nous ne sommes pas séparés". (Actes Sud, 2006). 

Un site sur l'oeuvre de Henry Bauchau
http://bauchau.fltr.ucl.ac.be/

Le présent d'incertitude : journal 2002-2005 - Bauchau, Henry

Le présent d'incertitude : journal 2002-2005

 

23.00EUR

 

"Je suis un homme parmi des milliards d'hommes,
en communion peut-être avec d'autres artistes qui
ressentent en cet instant la même paix, la même
beauté, la même douleur sourde, l'incomplétude
qu'ils ont décidé de transformer en travail. Ce que
je comprends depuis peu, le travail importe plus
que l'oeuvre achevée."

H. B.

Parce qu'il est le lieu où se reflètent l'élaboration
de l'oeuvre mais aussi son contexte, parce qu'il
est également, dans les moments d'épreuve, le
moyen de reprendre pied dans l'écriture, le Journal
constitue un jalon privilégié dans la vie intérieure
de Henry Bauchau.

Par la chronologie, ce volume fait suite à Passage
de la Bonne-Graine (Actes Sud, 2002). Il accompagne
les années 2002 à 2005, qui sont notamment
celles du roman L'Enfant bleu (Actes Sud, 2004)
et du recueil de poèmes alors en préparation, Nous
ne sommes pas séparés (Actes Sud, 2006).

Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 313 p.
Format : Broché 22 x 12 cm
Parution : 02/04/2007

 

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commentaires

deslilas 25/05/2007 11:20

Né le 22 janvier 1913 à Malines, Henry Bauchau a traversé le siècle dernier, l’a même dépassé, et ce fut souvent un dur combat.Découvrir la littérature par Un cœur simple de Flaubert à treize ans donne déjà lieu à un conflit entre le jeune Brabançon et sa famille, dont les membres, tous ingénieurs et industriels, ne considèrent la littérature que comme une distraction. Henry est prié de faire des études classiques : collège Saint-Josse, Institut Saint-Louis et doctorat en droit à l’Université de Louvain.Très tôt, l’enfant doit faire face à un combat intérieur, voire inconscient, contre les blessures occasionnées par la première guerre mondiale, combat auquel s’ajoute la lutte contre la maladie, qui entraîne une séparation d’avec la famille pour "un premier exil" en Suisse. Le jeune garçon trouve un moyen de se divertir et de s’évader dans le sport, la natation surtout, et dans la lecture, qui prend une importance de plus en plus conséquente. Viennent rapidement les premiers écrits, les premiers poèmes, les articles publiés dans La Cité chrétienne, dont il devient, avec André Molitor, secrétaire de rédaction. Il se marie avec Mary Kosireff, dont il aura trois fils. Cette période de 1933 à 1940 est marquée par les nombreuses crises internationales provoquées par Hitler. Comme officier de réserve, Henry Bauchau est souvent mobilisé et il participe à la campagne des 18 jours. L’incroyable défaite des alliés et la capitulation de l’armée belge sont ressenties par lui comme une douloureuse et injuste humiliation. Pour répondre à l’appel du roi Léopold III, qui demande que le pays se redresse et se mette au travail, Henry Bauchau fonde avec des amis « Les Volontaires du Travail pour la Wallonie ». Mais l’ennemi ne tolère pas longtemps cette structure indépendante, qui permet à beaucoup de jeunes de se soustraire au Service du Travail Obligatoire et de faire face au chômage. Les rexistes investissent le Service en force en 1943, évènement à la suite duquel Henry Bauchau, entraînant la presque totalité des Volontaires, démissionne, rejoint les Maquis des Ardennes et entre dans la résistance. Un nouveau combat pour lui, dont s’en suit une blessure profonde à la main qui nécessite trois opérations à Londres où il est arrivé entre-temps, blessure qui l’empêche d’être intégré définitivement dans une unité de parachutistes.Après la guerre, il crée une société de distribution d’éditions ; il prend la direction de la branche française et s’installe à Paris en 1946. En 1948, il crée Les Editions de l’Arche. Mais des blessures intimes provoquent une profonde résistance intérieure - il y a le blocage de l’écriture, de la vie même - qui plonge Bauchau dans une grave dépression. Il lui faut de l’aide, et il la trouve dans la psychanalyse avec Blanche Reverchon-Jouve, celle qui deviendra plus tard la Sybille dans son œuvre. Elle lui fait découvrir sa vocation d’écrivain : « il faut écrire ou crever ». Cette psychanalyse durera de 1947 à 1951. Ensuite, Henry Bauchau change de vie, quitte Paris pour la Suisse, où il crée à Gstaad l’Institut Montesano, école internationale pour jeunes filles. Il divorce et épouse en 1953 Laure Tirtiaux, qui va diriger et développer avec lui l’Institut Montesano jusqu’en 1972.L’écriture revient, d’abord par le poème. En 1958, Henry Bauchau a la joie de publier son premier recueil, Géologie, dans la prestigieuse collection « Métamorphoses » de Jean Paulhan chez Gallimard, recueil qui lui vaut le Prix Max Jacob. Parallèlement, il se lance dans sa première œuvre de longue haleine en prose, Gengis Khan, pièce de théâtre épique qui sera montée pour la première fois par Ariane Mnouchkine, débutante dans le métier, aux Arènes de Lutèce à Paris. Son père décède en 1951, sa mère en 1961. Il écrit alors « le livre de la mère », La déchirure, qui sort chez Gallimard en 1966. À une deuxième analyse — didactique celle-là — avec Conrad Stein, il met un terme pour écrire « le livre du père », Le régiment noir, qui sort chez Gallimard en 1972. Mais ces années sont aussi et toujours les années des poèmes : L’escalier bleu, La Dogana, La pierre sans chagrin, ce dernier recueil inspiré par l’Abbaye du Thoronet. Ce sont aussi les années d’amitié avec Jean Amrouche, Blanche Reverchon et son mari Pierre Jean Jouve. 1969 voit la publication d’une deuxième pièce : La machination ou La reine en amont.En 1975, après la fermeture de l’Institut de Montesano, Henry Bauchau quitte la Suisse et se retrouve en grande difficulté financière : à 62 ans, il lui faut encore chercher un nouvel emploi pour pouvoir vivre. Ces difficultés engendrent un combat intérieur entre le psychothérapeute, le poète, le dramaturge et le romancier. Henry Bauchau trouve du travail à La Grange Batelière, hôpital de jour pour adolescents en difficulté, où il fait des rencontres qui, beaucoup plus tard, prendront une importance capitale dans le roman L’enfant bleu. En même temps, il travaille à une longue entreprise : L’essai sur la vie de Mao Zedong, qui lui a été demandé par l’éditeur Flammarion et qu’il a commencé en 1972.Peu à peu, la figure d’Antigone creuse son chemin dans l’inconscient du romancier. Elle surgit pour la première fois dans le roman Œdipe sur la route, qui remporte un vif succès d’estime, Henry Bauchau étant encore un auteur peu connu, même s’il est élu à l’Académie Royale de langue et littérature françaises de Belgique, où il succède à Robert Vivier. Il continue toujours à exercer le métier de psychanalyste, en parallèle de l’écriture. Antigone reste dans sa vie et apparaît dans divers récits et nouvelles rassemblés dans Les vallées du bonheur profond. Elle resurgit dans l’admirable Antigone et apporte enfin à son auteur, âgé de 84 ans, la reconnaissance du grand public, qui redonne à ses œuvres antérieures un nouvel élan.Henry Bauchau ne rend pas pour autant les armes et commence de nouveaux projets, lui à qui il faut trois à cinq ans pour écrire un roman - et parfois jusqu’à deux ans pour considérer un poème comme abouti. Diariste, il publie ses journaux de 1986 à 2001, écrit encore et toujours des poèmes. Laure Bauchau meurt en 1999, mais l’homme blessé reprend la plume et tire de son roman Œdipe sur la route le livret d’un opéra qui, sur une musique de Pierre Bartholomée, est présenté en première mondiale en 2003 au Théâtre Royal de la Monnaie.Aujourd’hui, Henry Bauchau se bat contre le temps, le grand âge, dans un monde difficilement supportable, surtout par l’urgence qui presse constamment nos sociétés. Il vient de nous donner, en août 2004, son dernier roman L’enfant bleu, où il nous fait rencontrer Orion, un jeune psychotique qui, lui aussi, comme son créateur, se débat et combat les démons propres à ceux qui font partie du « peuple du désastre ».Aujourd’hui, Henry Bauchau, dont l’essentiel de l’oeuvre est derrière lui, pourrait faire sienne la phrase d’Appelfeld : « Une blessure écoute toujours plus finement qu’une oreille ».Jo Jungblut septembre 2004