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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 09:27

Article publié dans Republica.


Une série d’articles sur ce qui peut se passer après les élections américaines ne serait sans doute pas dépourvue d’intérêt, mais nous nous sommes donnés pour but de réfléchir à (sur) ce qui pourrait transformer la donne politique en France ; c’est donc l’impact du caractère « historique » de l’élection d’Obama et les comparaisons qu’il est possible de faire qui attirent notre attention.

On peut d’ailleurs dès l’abord s’interroger sur la dimension « historique » de l’événement survenu dans la nuit du 4 au 5 novembre 2008, après le basculement de l’Ohio en faveur du candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis ; un institut de sondage ne pose-t-il pas la question de savoir si l’événement marquant est l’élection d’un noir ou la page tournée de la présidence Bush ? C’est une question en effet, et nous avons ici même choisi le premier terme de l’alternative, en ayant aussi à l’esprit ce qui rendait la société politique française tout à fait incapable d’une telle résolution.

Somewhere over the rainbow, blue birds fly…

Il n’est pas étonnant que la presse ait titré, en France et ailleurs, sur cette première et que nous soyons abreuvés de rappels du discours de Martin Luther King en 1965 ; ce qui ne laisse pas d’étonner, c’est qu’avec l’enthousiasme que manifeste la totalité de nos « partis de gouvernement », ils aient si peu fait quand ils furent au pouvoir ou dans leurs propres instances pour administrer la preuve que le rêve du pasteur américain était la réalité de la République des citoyens !

Certains observateurs ne se sont pas privés d’établir un lien entre l’origine sociale des élus et la nature de l’intégration à la communauté nationale des populations pour lesquelles « nos ancêtres les gaulois » était une formule dépourvue de sens.

On a aussi à l’occasion établi un lien avec la situation faite à la parité féminine ; il n’est sans doute pas possible de trancher sur l’exemplarité des primaires démocrates à l’occasion de cette élection et il est raisonnable d’envisager l’hypothèse que Mme Clinton a perdu son duel, non parce qu’elle était une femme mais parce qu’elle ne répondait pas avec assez de force à l’aspiration dominante à vouloir tourner la page avec au moins la décennie écoulée. Cela serait, semble-t-il, intellectuellement plus satisfaisant que de croire qu’à tout prendre l’électorat préfère un homme dans chaque cas de figure. Cela, même en tenant compte du charisme évident et du talent oratoire de son concurrent et de l’engagement réel de l’ensemble des  minorités ethniques, qui soutinrent longtemps la sénatrice de New-York.

Il est indéniable que pour l’histoire américaine, pour les populations non WASP, cette élection marque un saut qualitatif réel : il y aura bien un avant et un après l’élection du 44ème locataire de la Maison-Blanche et les Etats-Unis y ont gagné un nouveau visage au regard du reste du monde. Il est bon toutefois de nuancer notre enthousiasme et de ne pas croire tout de go à l’émergence d’une société post-raciale : 55 % des blancs ont voté pour Mac Cain…
Quant à nous, nous ne sommes pas américains et nous n’avons ni à défendre les espérances, ni les intérêts de l’Amérique. L’exemple donné est fondé sur une autre histoire que la nôtre. Les rêves de la population américaine ne sont pas les nôtres.

Mais à quoi peuvent rêver les Français ?

Rêvent-ils seulement ? Contraints d’élire un président « Ratenfânger » qui sous le mot de rupture ne mettait que des régressions sauvages pour les salariés et un accroissement des privilèges des possesseurs de patrimoines, ils ont rapidement constaté que l’opposition, élément politique institutionnel pourtant indispensable face à une politique systématiquement réactionnaire, n’était capable ni de formuler un discours dénonciateur d’un peu de hauteur, ni de proposer au peuple une alternative mobilisatrice, ni de relayer les revendications et d’accompagner les manifestations et les actions des salariés spoliés.
Ce sont des élus d’opposition qui ont trouvé dans la politique sécuritaire le souci de répondre à une demande sociale !
Ce n’est pas l’opposition qui s’est le plus manifestée contre les expulsions et le piégeage des familles par les enfants scolarisés.
La dénonciation du bouclier fiscal n’a été justifiée par aucune analyse politique sérieuse et mettait en évidence la nature de classe de la politique mise en œuvre par une droite consciente de l’inanité de la pensée socialiste et de l’absence de crédibilité de « l’autre gauche ».

Quand chacun est sur le même terrain idéologique, quand le parti socialiste achève par une déclaration d’orientation générale, qu’on eut en d’autres temps qualifiée de « monument vide et sonore », l’abandon progressif de tout son bagage doctrinal, il ne reste plus qu’à observer les pitreries lamentables des vaincus d’hier et d’avant-hier, à entendre des leçons dont la conduite passée de ceux qui les donnent ne montre aucun exemple de tentative de réalisation, ou à faire semblant de croire que dans la gestion de «  proximité  » il est possible de montrer une autre façon de faire de la politique !

La crise a fait dire ou écrire à certains de nos camarades « nous vous l’avions dit », « notre contribution est la seule qui… », sans que l’examen de leurs interventions d’élus, la lecture des ouvrages qu’ils signent, leurs campagnes récentes ne montrent la moindre trace réelle de leur prescience ou d’une volonté claire de s’en prendre à la racine du mal ; l’absence remarquable de certains ténors sur le terrain aux côtés des salariés en lutte pour leurs droits, leur emploi, leur pouvoir d’achat n’est même pas compensée par un travail parlementaire assidu, visible et en phase avec les aspirations des électeurs de gauche. Comment pourrait-il en être autrement quand les mots d’ouvriers, d’employés, de patrons, de capitalisme, de classe sociale sont comme échenillés des discours et des textes soumis aux militants ?
La renonciation à la responsabilité politique est telle que saluer le retour de l’Etat à l’occasion des remèdes proposés par le gouvernement pour sauver les banques, a permis à quelques uns de nos ambitieux de province soit de faire croire que le Président avait changé la nature de sa politique, soit que l’autorité de l’Etat, hors de tout contexte de classe allait de soi pour régler les problèmes nés de dérégulations et de privatisations auxquelles la gauche avait naguère prêté la main, au nom des règles imposées par l’Europe ou par la conviction que l’histoire était finie ; comme si l’Europe pouvait décider quoi que ce soit sans l’aval des gouvernements !   Ce qui se passe aujourd’hui à propos de « la crise » est la meilleure illustration possible des mensonges et autres impostures verbales proférés par les dirigeants de notre pays depuis le traité de Maastricht !
Un gouvernement soucieux de défendre les intérêts bien compris de ses citoyens a les moyens de le faire, au moins autant que pour s’efforcer de sauver ses banques !
Dire aujourd’hui que l’on assiste à la fin de l’ultra-libéralisme, est malheureusement une autre façon de dire qu’il ne sera pas question de remettre en cause le système de production, ni même d’établir une distinction utile pour qui voudrait punir des prédateurs coupables « d’excès injustifiables », entre le capitalisme et les capitalistes !
Le bonus pool de Wall street serait de 49 milliards de dollars en janvier 2009, en baisse de 10 % par rapport à l’année précédente, après les turpitudes auxquelles se sont livrés les financiers : une partie des finances publiques, au lieu de servir à relancer la machine économique, sert donc à arrondir la pelote de quelques milliers d’individus dont la cupidité n’a d’égale que la bonne conscience. L’abstention du groupe socialiste à propos du plan gouvernemental de sauvegarde n’avait pas même la justification d’une contribution utile au rétablissement d’un climat de « confiance ». Le vote récent du Parlement sur la taxation des parachutes en or et sur le refus de toucher à la fiscalité des stock-options et des retraites chapeau montre que nous n’avons rien à envier aux Etats-Unis sur ce point !
Il n’est pas évident que puisse être vu comme une circonstance atténuante le fait qu’Obama, non plus, ne conteste pas le Système !
Car, lui, a été capable de faire rêver. Ce dont Sarkozy avait pu se dispenser en 2007.

L’arc-en-ciel de la gravité…
Ce titre de Thomas Pynchon évoque les paraboles des vols de fusées… Leur effet sur un personnage du roman n’est pas de l’ordre du rêve et on ne demande pas au PS de le produire pour la population française.
On pourrait toutefois espérer d’un parti qui s’est trompé dans son acceptation de la doxa néo-libérale et dans son conformisme idéologique, au point d’y perdre ses bases populaires en général et ouvrières en particulier, que ce parti, analysant sérieusement les causes de ses échecs dans ce qu’il considère comme l’élection majeure, au point de ne plus penser du tout et de lier son fonctionnement interne au rythme électoral, soit capable de choisir une fois pour toutes d’assumer ou non son histoire et son nom, l’histoire de son pays et des luttes qui ont permis la construction d’un état social.
Un congrès est programmé, la seule question paraît être de savoir si en surgira le candidat de 2012 et pas même de savoir comment battre la droite!
Ceux qui aujourd’hui louent l’Amérique et son président élu, devraient prendre en exemple la règle généralement suivie, qui veut qu’un échec disqualifie pour le tour suivant ! Cela ôterait du congrès le poids insupportable d’une ambition inassouvie et, à vrai dire, injustifiée. Sauf à penser, ce que l’on peut admettre, que n’importe quel citoyen peut aspirer à la fonction de chef de l’Etat ; mais ce n’est pas vraiment ce qu’ont en tête nos pseudo-candidats.
Après tout, il n’y a pas que des éléphants au PS, ou des gardes du corps, ou des colleurs d’affiche, ou des clients obligés, ou des experts multicartes, ou des élus cumulards. Il y a aussi des cons, des naïfs, des gens qui souffrent, des militants sincères et pas mal de désabusés. Des Français, quoi !
Apparemment Obama avait compris ce qu’attendaient les Américains ; qui au PS est prêt à dire aux Français ce qu’ils ont besoin d’entendre?

Jean-Paul Beauquier

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