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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 09:04
Point de vue
Madame la présidente, par Jacques Le Goff
LE MONDE | 23.02.07 | 14h11  •  Mis à jour le 23.02.07 | 14h11

e suis un universitaire à la retraite qui ne connaît aucun candidat. Homme de gauche, j'ai milité à la base de 1958 à 1962, au Parti socialiste unifié (PSU), pour rendre à la gauche sa dignité perdue pendant la guerre d'Algérie.

 

Nicolas Sarkozy, qui me fait peur depuis longtemps malgré ses qualités, m'a inquiété un peu plus après son voyage à Washington. Les éléphants du Parti socialiste se sont auto-exclus : Lionel Jospin par sa déclaration d'abandon de la vie politique en 2002, sur laquelle il ne peut revenir ; Laurent Fabius a commis la grosse erreur de soutenir le non au référendum européen sans tenir compte des ouvertures que ce texte imparfait contenait.

L'hostilité envers Ségolène Royal de pseudo-intellectuels, un quarteron de soi-disant intellectuels qui laissent entendre aux Français qu'ils ont une pensée politique, a fait déborder le vase. Ségolène Royal, ancienne collaboratrice de François Mitterrand, a trouvé un nouveau type de rapport avec ses électeurs. La démocratie participative, qui, maintenue loin du populisme, est un progrès démocratique, ne se laisse pas affaiblir par les utopies de l'ultragauche.

Ceux qui ont travaillé avec elle me l'ont décrite autoritaire, tant mieux. Il faut, au sommet de l'Etat, de l'autorité qui ne soit pas l'autoritarisme qu'affiche Nicolas Sarkozy. On dit que la France veut être gouvernée au centre. Je ne le crois pas. Le sympathique épisode François Bayrou transformera au second tour un partage de ses voix je crois majoritairement en faveur de Ségolène Royal.

On la dit inexpérimentée : qu'on regarde sa carrière. On la voit peu connue en Europe et dans le monde. Elle a entamé, ailleurs qu'à Washington, une tournée de présentation, qu'elle étendra si elle est élue. Tant mieux si elle a encore à apprendre. J'ai aimé qu'elle aille en Chine, grande puissance potentielle, apprécier les réussites et les dangers d'un tournant encore peu démocratique.

De tous les candidats elle est, me semble-t-il, celle qui s'intéresse le plus à l'enseignement, qui doit rester, modernisé, la base de la démocratie républicaine. Les enseignants, qui font la fine bouche devant elle, finiront par la rejoindre et la soutenir, échaudés par les erreurs récentes du pouvoir.

Elle n'est pas parfaite, Dieu merci, et certains de ses concurrents ont des mérites. Je la crois la meilleure, nettement. Dans le domaine qui échappe le plus, surtout en ce temps de mondialisation, aux puissants gouvernants, l'économie, je la crois, avec les conseillers qui viendront à elle, la plus capable de défendre les intérêts des Français, et en particulier du monde du travail, qu'elle aime invoquer.

Enfin, c'est une femme. Ce serait bien qu'un des grands pays européens ait à sa tête une femme qui ne soit pas de droite, comme Margaret Thatcher ou Angela Merkel, et que la France prenne place parmi les pays qui ont été dirigés par une femme, comme l'Inde d'Indira Gandhi, ou le sont, comme le Chili aujourd'hui.

Nicolas Sarkozy, qui fait feu de tout bois et ne craint pas de citer Jean Jaurès et Léon Blum, se trouve maintenant des accents gaullistes. Il parle à la France, Ségolène Royal parle aux Français, c'est-à-dire à la France véritable. Il faut qu'une majorité de Français l'élise pour pouvoir lui dire soit, familièrement, "Je vous salue Ségolène", soit, respectueusement, "Je vous salue, je vous suis et vous soutiens, Mme Royal".


Jacques Le Goff, historien

 


Jacques Le Goff
Article paru dans l'édition du 24.02.07

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