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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 14:00

L'article du jour "Je m'étonne"

Je m'étonne

Je m’étonne. Décidément je m’étonnerai toujours… du coup pourtant si prévisible. Si ancien. Si longtemps mijoté au fond d'amers cerveaux en embuscade. Inguérissables traversées de déserts. Rancœurs obstinées. Entêtements vengeurs. Vengeance qui doit frapper jusqu’à la descendance, jusqu’aux fils, jusqu’à la fille, même symbolique. Vouloir avoir eu raison. Vouloir avoir encore raison. Même au mauvais moment, au pire moment. Quitte à engloutir tout le royaume. Périr avec, mais avoir eu raison. Avoir raison, quitte à avoir grand tort. Shakespeare…

Vous souvenez-vous ? Peut-être, pour certains, êtes-vous trop jeunes, mais d’autres se souviendront que lors de la déclaration de candidature de Michel Rocard à l’élection présidentielle, le 19 octobre 1980, Gilles Martinet publia une lettre ouverte et solennelle à François Mitterrand pour lui demander de ne plus se présenter ! Oui, on en était là, cela allait jusque-là …
La lettre disait quelque chose comme ça «François Mitterrand est trop vieux, il va faire perdre la gauche. Il n'a aucune chance. Son heure est passée. C'est le moment de Rocard. Du recentrage. Qu’il renonce. La France lui sera reconnaissante de ce sacrifice... etc.»
Nous fûmes nombreux à l'époque à nous indigner de ce que nous considérions être un coup de grâce. Bien craintifs et affolés nous étions. Imperturbable, Mitterrand se déclara candidat le 8 novembre 1980, et il arriva ce qu’il arriva.
La lettre en question fût-elle publiée dans le Nouvel Obs ou dans le Matin de Paris, je ne le sais plus. Mais je cherche cette archive. J'aurais aimé retrouver cette lettre et que nous la fassions connaître, car ne pensez-vous pas qu'il faille parfois rafraîchir les mémoires et rappeler que, malgré tout le respect qu'on lui doit, Michel Rocard et ses amis sont coutumiers de la manœuvre ?

Je ne peux pas m'empêcher de lire cet incroyable à contre-temps comme un dernier jet de bile amère lancé vers l'ombre de Mitterrand.
Je m’énerve, je m’énerve et heureusement je tombe sur l’éditorial de Jean Daniel. Lisez-le, vous verrez, il dit et raconte, bien, bien mieux que moi, l’origine de toute cette histoire.
Et aussi –me dit-on– ce sont les ancêtres de François Bayrou qui ont fait tomber Pierre Mendès France.

Tout autre chose… Ce matin, à la radio, une voix me raconte:
À Blacksburg, la petite ville où se trouve Virginia Tech University, une femme est assise seule sur un banc. Elle arbore les couleurs de l’université et tient une petite pancarte qui dit : «Si vous voulez parler, je suis là.»

• Ariane Mnouchkine •

http://mnouchkine.blogs.liberation.fr

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commentaires

Deslilas 22/04/2007 08:57

Nostalgie quand tu nous tiens.
Bien sûr que non. Mais on ne se baigne jamais dans le même fleuve !
Le principal sera de se retrouver pour le second tour et éviter le pire pour notre pays.

socialopourbayrou 22/04/2007 01:50

Complètement d'accord avec vous sur la stupidité des rocardiens à l'égard de Mitterrand avant 1981, mais si vous tenez tant que ça à faire un parallèle entre Royal et Mitterrand, pensez-vous sans le moindre doute que Royal a fait une aussi bonne campagne que Mitterrand ?