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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 11:05

Gilles Perret : « ‘De Mémoires d’ouvriers’, un outil politique ! »

le 19 avril 2012 à 20h à Cinécity à Troyes

 

 

 

Propos recueillis par Jean-Christophe Ferrari - Le 27/02/2012

Gilles Perret : « ‘De Mémoires d’ouvriers’, un outil politique ! »

Après ‘Ma mondialisation’ et ‘Walter’, le réalisateur signe ‘De Mémoires d’ouvriers’. Un documentaire émouvant et percutant qui résonne étrangement aujourd'hui, alors même que l'industrie et le produire en France sont au coeur de la présidentielle. Rencontre avec le réalisateur qui a su si bien « donner la parole à ceux que l’on n’entend jamais ».

 

Votre film frappe par le caractère réfléchi et articulé du discours des ouvriers avec lesquels vous vous êtes entretenu.

© La VakaGilles Perret, © La VakaSi l’on est étonné par la qualité de leur parole, c’est qu’on ne les entend jamais ! Les médias aujourd’hui s’intéressent aux traders, à ce qui brille. Et cela est le reflet d’une civilisation - civilisation qui a commencé dans les années 80 - qui veut nous faire croire qu’on peut devenir riche en ne foutant rien, que c’est à la Bourse que tout va se passer, etc. C’est seulement aujourd’hui qu’on se rend compte qu’il faut produire pour que le reste puisse fonctionner. Et puis les journalistes ne sont pas issus des classes ouvrières. Il y a bien longtemps que les faiseurs d’opinion des grands médias ne cotoîent plus les ouvriers ! De même chez les cinéastes, combien de fils d’ouvriers ? D’autre part, il faut donner du temps au gens pour qu’ils s’expriment. Si aujourd’hui tu n’as pas un discours hyper-formaté qui résume ta pensée en huit secondes, on ne te donne pas la parole. Le documentaire, au contraire, permet de donner du temps aux gens.

Comment les avez-vous choisis ?

En m’appuyant sur un réseau, constitué notamment des personnes qui avaient vu mes films précédents. Ensuite, j’ai eu de la chance. Celle de rencontrer des personnages forts, des gens dignes, droits. Et puis comme je viens de la même région (la Haute-Savoie) et que mon père était ouvrier, on parle la même langue. Personne ne peut faire semblant. Eux ne peuvent pas me mentir, parce que ce dont ils parlent, je le connais aussi. Et moi, si j‘enjolive ou travesti la réalité, cela me reviendra rapidement à la figure.

Le film prend à contre-pied le cliché de l’ouvrier électeur du Front National…

Le discours frontiste de l’ouvrier, je ne le connais pas. Je ne le connais pas parce qu’il n’y a pas de discours frontiste. En revanche, je connais des ouvriers qui votent FN. Mais je n’avais pas envie de leur donner la parole car le film n’est pas un reportage journalistique sur le monde ouvrier d’aujourd’hui. J’assume la subjectivité du film. Cela dit, ceux qui s’étonnent que 38 % des ouvriers votent Front National, ce sont ceux qui ne leur ont pas donné la parole pendant trente ans ! En Savoie, on a reçu de plein fouet l’idéologie des années 80 : “Toutes les vieilleries, la production, ces trucs-là on va le faire faire aux autres, ça pue un peu. Nous, on va être dans le tourisme et le service. C’est cela la modernité.” En niant le monde ouvrier, en niant la production, on a ôté à l’ouvrier toute sa fierté. Et puis quand ton entreprise appartient à un fonds d’investissement et pas à un industriel, que la seule finalité de ton boulot c’est de faire du fric… Alors tu en es moins fier. Ce manque de reconnaissance, de fierté, explique l’égarement dans le vote. C’est pourquoi le travail d’éducation politique est indispensable.

 


Votre film a t-il des vertus pédagogiques ?

Pendant les débats suscités par mon film précédent Walter, qui a donné naissance au livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, j’ai découvert que, même dans des salles art et essai qui sont censées draîner un public cultivé, 70% des gens ne savaient pas d’où vient la Sécurité Sociale et quel était le programme du Comité National de la Résistance ! Ce qui est rassurant, c’est que dans la campagne éléctorale aujourd’hui, on pose à nouveau des questions qui avaient été complètement occultées il y a cinq ans : la question de la production, la question ouvrière, la question du pouvoir de l’État, la question des nationalisations, etc.

Si la parole des ouvriers est si forte c’est aussi, comme le film le montre très bien, qu’elle est le fruit d’une histoire.

Oui, finalement le film montre un siècle d’histoire sociale française. Je voulais que les témoignages contemporains entrent en résonance avec les archives (j’ai eu la chance de bénéficier de magnifiques archives) et surtout ne pas faire un film historique poussièreux. Je voulais faire un film actuel. J’aime m’inscrire sur un petit territoire et essayer de raconter l’histoire du monde.

N’avez-vous pas peur, en tant que cinéaste, qu’on présente De mémoires d’ouvriers comme un film utile et que, du coup, on occulte totalement le travail de mise en scène ?

Je fais confiance aux spectateurs. Je ne veux pas que mes films soient vus comme des objets dogmatiques. Je ne veux pas qu’on me cantonne dans le registre du film politique ou militant. Militant de quoi ? Est-ce qu’on va dire au mec qui présente Capital sur M6  qu’il est militant de la cause libérale ? Et puis si cela peut servir d’outil politique, tant mieux !

 

 

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