La citoyenneté s'use si l'on ne s'en sert pas. La République est l'affaire de chaque citoyen libre de s'informer, de s'exprimer et d'échanger
Tout cela est inscrit dans la logique de la situation actuelle et tous les commentaires objectifs qui paraissent et confirment cette analyse ne seront pas entendus à brêve échéance.
Comme le signale François Jullien dans “La propension des choses, pour une histoire de l’efficacité en Chine” :
“Le cours de l’histoire est régi par une double logique d’une part toute tendance, à peine amorcée, tend d’elle même à s’amplifier ; de l’autre, toute tendance conduite à son extrême s’épuise et appelle à son renversement…
Ainsi, en politique, toute pression qui s’exerce trop fortement est amenée ensuite à se relâcher. Témoin ce grand empereur des Han (Wudi), lui qu’on nous montre d’abord lancé dans une
politique très autoritaire et ambitieuse, expansionniste et coûteuse, à laquelle il était alors totalement impossible de s’opposer. Mais de l’excès même nait la faiblesse…
Le même épisode est décrit sous les Song quand l'ambition d'un nouvel Empereur (Shenzong) ... qui s'arroge tous les pouvoirs et entame, avec le seul soutien de sa cliqueet en réduisant les autres
au silence, tout un train de réformes aussi radicales qu'utopiques : sous le règne suivant de telles mesures ne pouvaient manquer de tomber, l'une après l'autre en désuétude - aussi
inéluctablement que tombent les feuilles flétries à l'automne. Ce qui est forcé se défait de lui-même."
p171-172 dans l’édition du Seuil
Il est sûrement abusif d’oser comparer NS aux empereurs chinois mais les mêmes causes produiront les mêmes effets et son hyperactivisme ne fera qu’accélérer le processus mis en marche par la propension à l’oeuvre dans la réalité et le potentiel de la situation actuelle. Toute politique si bien intentionnée soit elle qui sépare principe et propension, et conçoit la prise du pouvoir sans respect de l’exigence morale nécessaire à sa conservation est vouée à l’échec.