EPITAPHE DE MARIE
Cy reposent les oz de toy, belle Marie,
Qui me fis pour Anjou quitter le Vandomois,
Qui m'eschauffas le sang au plus verd de mes mois,
Qui fus toute mon coeur, mon sang, et mon envie.
En ta tombe repose honneur et courtoisie,
La vertu, la beauté, qu'en l'ame je sentois,
La grace et les amours qu'aux regards tu portois,
Tels qu'il eussent d'un mort ressuscité la vie.
Tu es, belle Marie, un bel astre des cieux:
Les Anges tous ravis se paissent de tes yeux,
La terre te regrette. O beauté sans seconde!
Maintenant tu es vive, et je suis mort d'ennuy.
Ha, siecle malheureux! malheureux est celuy
Qui s'abuse d'Amour, et qui se fie au Monde.
Je ne suis seulement amoureux de Marie,
Anne me tient aussi dans les liens d'Amour,
Ore l'une me plaist, ore l'autre à son tour:
Ainsi Tibulle aimoit Nemesis et Delie.
Un loyal me dira que c'est une folie
D'en aimer, inconstant, deux ou trois en un jour
Voire et qu'il faudroit bien un homme de sejour,
Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.
Je respons, Cherouvrier que je suis amoureux,
Et non pas jouissant de ce bien doucereux,
Que tout amant souhaitte avoir à sa commande:
Quant à moy seulement je leur baise la main,
Les yeux, le front, le col, les levres, et le sein,
Et rien que ces biens là, Cherouvrier, ne demande.